ÔM
Avec ÔM, Nicole Corti a souhaité explorer l’expressionnisme et les couleurs multiples du chœur d’hommes a cappella. Aux frontières de la musique savante et populaire, elle a conçu un parcours qui oscille entre le sacré et le poétique et qui fait le tour de l’Europe en allant puiser dans les pays de l’Est, du Nord, en passant par la France, l’Angleterre et l’Allemagne.
ÔM vu par :
Pierre Saby
Professeur émérite des universités
Aujourd’hui, OM, chœur Spirito.
Prendre du temps pour ce concert.
Prendre le temps de ce concert, aussi. Le temps du muguet, celui de la prière, celui de la danse, de la joie et de la douleur.
La prière, accepter de l’entendre au fond de soi (même si l’on n’en partage pas tous les prémisses), ancienne ou plus moderne ; latine, russe, finnoise, corse ou chantée en français (ma langue). Elle est toujours, sous les horizons, nourrie d’autre chose qu’elle-même, comme de la sève du peuple qui la profère et de la terre d’où elle monte.
Ne pas distinguer, je crois bien, entre religieux et profane. Et d’abord, que « profane » -t-on si l’on n’est religieux ? Ne devrait-on pas dire, plutôt, sacré ? Tant le simple humain peut être sacré, sous les arbres tutélaires, sur un champ de bataille ou en un paisible jardin, baigné de lune…
D’autre diraient, ce soir, qu’ OM leur donne à entendre du populaire et du savant. Comment comprendre cela ? Les peuples savent, eux aussi ! – peut-être ne le savent-ils pas. Les clercs, quant à eux, ceux qui ont appris, savent, bien sûr, ce qu’ils savent. Leur musique, peut-être devrait-on la nommer, simplement : « sachante » ? Les plus grands d’entre eux, en tout cas, laissent couler en leur chant le flot de ce que les peuples leur enseignent… Et la polyphonie savante, si loin aventurée dans les arcanes de l’esprit, ne porte-t-elle pas aussi la résonance du corps ?
J’entends les ornements du chant corse à plusieurs. Je pense à l’art de l’Orphée antique, ou à l’Orphée baroque, aux portes du royaume sombre. N’était-ce pas tout proche ? Méditerranée… Et le passage du temps, n’est-ce pas illusion ?
Entendre ce soir le vent d’OM qui souffle, sur toutes ces frontières que l’on ne saurait tracer de main ferme.
Entendre tout cela, qui résonne sans emprunter les voies de la choralité duelle du masculin et du féminin. Peut-être le mystère de cette couleur térébrante, ce repli de l’éventail du spectre, creuse-t-il encore un peu le mystère de la spiritualité du chant.
Résonance, tout à la fois essence et image de la vie.
Chanter, c’est toiser le temps, et créer l’espace. C’est se créer.
Chanter, c’est avoir un corps. Écouter chanter aussi.Se souvenir de cela, demain.
Avec le soutien de la Maison de la musique contemporaine et de la SACEM
Praetorius Michael (1571-1621) Ecce Maria
Francis Lemarque (1917-2002) Le temps du muguet (évocation)
Polyphonie corse : Kyrie du Requiem d’Ascu
Gustav Holst (1874-1934) Ave Maria
Francis Poulenc (1899-1963) Prières 1 et 2 de Saint François d’Assise
Igor Stravinsky (1882-1971) Pater noster
Jean Sibelius (1865-1957) Sydämeni Laulu
Polyphonies corses : Agnus Dei et Tantum ergo
Rimsky Korsakov (1844-1908) Folksong
Chant populaire russe Nuits d’été (Arrangement : Henri-Charles Bonnet)
Dmitri Chostakovich (1906-1975) La difficile quête du beau. Extrait de la cantate Fidélité
Béla Bartók (1881-1945) Cinq chants populaires slovaques
Francis Poulenc Prière 3 de Saint François d’Assise
Polyphonie corse : Lettera a Mamma
Xavier Torres Maldonado (1968) Ancienne chanson corse : Portrait imaginaire (création)*
Gentils galants de France (anonyme 1504) – Arrangement : Henri-Charles Bonnet
Maurice Ohana (1913-1992) Nuées
Francis Poulenc Prière 4 de Saint François d’Assise
Zoltán Kodály (1882-1967) Esti Dal
* Aide à l’écriture d’une oeuvre musicale originale de la Direction régionale des affaires culturelles Auvergne-Rhône-Alpes
Spirito Contre-ténors Christophe Baska, Léo Fernique, Nicolas Kuntzelman | Ténors Jean-Christophe Dantras-Henry, Thomas Georget, François Hollemaert, Eymeric Mosca, Xavier Olagne, Jean-Noël Poggiali, Marc Scaramozzino | Barytons Étienne Chevallier, Sebastian Delgado, Guillaume Frey, Imanol Iraola, Mathieu Gardon | Basses Jean-Christophe Brizard, Éric Chopin, Aurélien Curinier, François Maniez, Martin Quéval
François Berlinghi Artiste associé pour le chant corse
Thomas Guerry Mise en espace
Nicolas Charpail Création lumières
Gabriel Bourgoin Chef assistant
Nicole Corti Direction